Le rapport de la Cour des comptes pointe du doigt une gestion et une offre de services obsolètes entraînant un déficit important. Toutefois, certaines solutions existent pour optimiser le fonctionnement d’un centre aquatique et ainsi réduire ce déficit.

Un équipement bien adapté peut permettre d’accueillir plusieurs activités en même temps dans les bassins et ainsi augmenter son chiffre d’affaires.

 

La Cour des comptes met les collectivités devant leurs responsabilités, mais pour Thierry Prat, chargé de mission à la direction des sports de Rennes, il faut quand même prendre en compte certaines considérations :

“La piscine publique est un équipement complexe avec des déficits assumés par les élus du fait de l’importance de ces établissements dans le cadre de l’aménagement du territoire et des nombreuses missions de service public rattachées. Quel autre équipement qu’un centre aquatique peut se vanter d’ouvrir environ 4 500 heures par an en accueillant entre 250 000 et 300 000 personnes ? Aucun autre ! Après, bien sûr il faut tout faire pour maîtriser cette dépense publique”. Stéphane Chatenet, directeur de la piscine Conterie de Chartes de Bretagne, insiste également sur cette volonté de trouver des solutions : “culturellement, tout le monde dit qu’une piscine est déficitaire, mais il faut se demander quelles sont les solutions pour réduire ce déficit le plus possible. Il est nécessaire d’être curieux et en veille par rapport aux nouveautés produits, aux idées de développement que l’on peut nous présenter et à l’organisation que nous proposons…”.

 

Bien dimensionner l’équipement du centre aquatique au départ

Le bon dimensionnement est l’un des points clés de la réussite d’une piscine. Si elle est trop grande et qu’elle n’accueille pas assez de monde, les charges seront très importantes avec peu de recettes et il ne sera pas possible de combler l’important déficit qui en découlera. “Personnellement, je déplore que, dès le départ d’un projet, le futur responsable de l’établissement ne soit pas systématiquement présent car il pourrait conseiller certaines décisions par rapport à son expérience de terrain. Par exemple, pour augmenter les recettes, il peut être intéressant de multiplier les activités en même temps. Pour cela, il faut un équipement adapté, de l’accueil jusqu’à la division des bassins, en passant par les vestiaires. Si tout n’a pas été pensé dès la conception, ce n’est pas possible de le proposer” explique Serge Lucas, responsable de la piscine de Cesson Sévigné.

 

La problématique tarifaire d’entrée

Le tarif d’entrée d’une piscine est toujours un sujet sensible. En effet, le rapport de la Cour des comptes insiste sur le fait que le tarif est un élément central du pilotage de la gestion des piscines et du partage des dépenses d’exploitation entre l’usager de l’équipement et le contribuable. Bien évidemment, fixer les tarifs est une compétence essentielle de la part des élus de la collectivité, propriétaire de la piscine. Or, d’après le rapport, peu de communes et d’intercommunalités définissent une véritable stratégie tarifaire ou analysent les conséquences d’une plus grande amplitude des horaires d’ouverture. “Il est indispensable que la piscine reste un lieu accessible aux familles car certaines ne partent pas en vacances. Par contre, il faut essayer de vendre d’avantage d’abonnement plutôt que des entrées unitaires. Pour cela, il faut former les agents d’accueil. Par exemple, nous proposons une carte famille à 46 euros par mois avec un nombre d’entrées illimité” propose Serge Lucas. De son côté, Stéphane Chatenet insiste sur l’importance d’augmenter le prix d’entrée régulièrement. “Par rapport à quelques années, les cinémas ont environ doublé le prix d’une place. Les piscines étant un service public, il est nécessaire de respecter un ordre de prix accessible par le plus grand nombre. Toutefois, en ce qui nous concerne, nous effectuons une hausse des prix chaque année selon le coût de la vie”.

Par ailleurs, le second défaut de stratégie tarifaire de la part des collectivités concerne les modalités de mise à disposition d’après la Cour des comptes. En effet, de nombreuses associations utilisent les piscines sans contrepartie financière : le coût de cette mise à disposition gratuite, en termes notamment de charges d’exploitation et de pertes de recettes, est rarement valorisé dans une convention conclue entre la collectivité et l’association. Pour Serge Lucas, il faut absolument quantifier ces mises à disposition : “chaque usager doit payer son entrée à la piscine, y compris les clubs. Bien évidemment, il est plus facile de mettre à disposition gratuitement l’accès à la structure plutôt que de faire payer l’association et lui verser une subvention compensatoire à côté. Malgré tout, ce sont des écritures comptables tout à fait différentes et la distinction permettrait de diminuer les déficits de l’ensemble des établissements”.

 

centre aquatique
L’une des problématiques concerne la mise à disposition gratuite aux clubs qui est trop rarement valorisé dans une convention conclue entre la collectivité et l’association.

 

L’implication des agents dans votre centre aquatique

Une gestion efficace passe également par une relation étroite entre les élus et le gestionnaire du centre aquatique. De plus, la confiance envers les agents est primordiale. “Nous avons la chance de compter dans nos équipes des personnes compétentes avec un véritable savoir-faire et une vraie expertise. Il est donc important d’impliquer au maximum nos collaborateurs en impulsant du pilotage de projets, de la co-construction d’actions dans tous les domaines liés à l’exploitation des établissements sur un territoire pertinent et des feuilles de route plus explicites, tout en se donnant des objectifs simples et atteignables” indique Thierry Prat.

 

Les solutions techniques et le suivi énergétique de votre centre aquatique

Afin de réduire le déficit d’une piscine, il existe désormais plusieurs solutions techniques. “Par exemple, en installant nous-même des variateurs de pompes et des programmations spécifiques qui suivent les débits de consommation, nous économisons 200 000 kWh par an par rapport à 2015. Nous avons également modifié le système de filtration d’eau et nous avons diminué notre consommation de 2 000 m3 d’eau. Toutes ces économies (plus de 50 000 euros/an) nous permettent d’envisager un agrandissement  avec un bassin extérieur, un nouvel espace bien être et la restructuration des vestiaires. Ce sont des investissements intéressants pour attirer de nouveaux usagers. Dans des piscines qui ont déjà une dizaine d’années comme la nôtre, une politique d’investissements continue est salutaire. Sans ces améliorations, la structure se dégrade progressivement, les travaux deviennent plus conséquents, et quelques années plus tard la collectivité n’a plus les capacités budgétaires, le déficit se creuse irrémédiablement. C’est un cercle vicieux qu’il faut absolument éviter” déclare le directeur de la piscine Conterie. Ce suivi énergétique est également mis en place sur la piscine de Cesson-Sévigné, comme l’explique Serge Lucas : “nous avons des sous-compteurs pour l’eau, l’électricité et le gaz. Les relevés automatiques permettent de réaliser des ajustements en temps réels. C’est la même chose concernant la filtration de l’eau : les systèmes d’aujourd’hui permettent d’économiser des quantités d’eau importantes lors du lavage des filtres par exemple, mais également une réduction énergétique (chauffage de l’eau). Ce sont des économies non négligeables”.

De son côté, Thierry Prat insiste sur le fait que de nombreux établissements ne peuvent pas se permettre de s’équiper avec ces nouvelles technologies car leur vétusté entraînerait des travaux importants de mise en place.

 

L’innovation comme leitmotiv

Afin d’innover pour augmenter ses recettes, la piscine de Cesson Sévigné a investi dans un sanarium pour un coût inférieur à 30 000 euros TTC et avec l’objectif de le rentabiliser en 8 mois.

Pour les trois personnes interviewées, l’augmentation des recettes d’un centre aquatique passe inévitablement par l’innovation. Celle-ci peut se traduire par de nouvelles activités :

“nous proposons désormais un sanarium qui est un mix entre le sauna et le hammam. L’investissement a été inférieur à 30 000 euros TTC car nous avons tout fait sur mesure avec les agents de la collectivité : plomberie, électricité, carrelage… Cet espace est accessible sur réservation durant 1 h. L’objectif est de l’amortir en 8 mois. Il y a deux ans, nous avons investi dans une cabine d’halothérapie (grotte de sel) pour 20 000 euros HT et elle a été rentabilisée en un an. Cela vient en complément du plateau aquatique (espace de remise en forme suspendu permanent). Je fais souvent la comparaison avec les campings : ces derniers ont beaucoup évolué en 20 ans avec des prestations de meilleures qualités. Ces investissements leur permettent d’attirer de nouveaux clients” décrit Serge Lucas.

De son côté, Thierry Prat aime mélanger les domaines, principalement la culture avec le sport, pour attirer de nouveaux usagers : “A Rennes, la culture tient une place importante au sein des piscines, avec notamment des expositions, divers spectacles… Grâce à ces événements, certaines personnes se déplacent alors qu’elles ne savaient même pas que la piscine avait été rénovée par exemple. Elles voient l’établissement d’un autre œil et peuvent vouloir revenir”.

Pour optimiser la gestion d’un centre aquatique, il est indispensable que le responsable de l’établissement possède une connaissance exacte du coût de fonctionnement d’un usager pour chaque secteur (entrée à la piscine, au centre de remise en forme…). Un élément essentiel qui, ajouté au développement de solutions techniques favorisant les économies d’énergie et à l’innovation en termes d’activité, permet de réduire sensiblement le déficit d’un établissement. Par exemple, alors que le niveau de participation de la collectivité à l’exploitation est, en moyenne, les piscines contrôlées par la Cour des comptes de 640 000 euros par an, il est de 63 000 euros à la piscine de Chartes de Bretagne en 2017 et inférieur à 100 000 euros pour celle de Cesson Sévigné. Alors n’hésitez pas à prendre certaines idées…

 

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