A l’image d’une grande partie de la population, les responsables de piscines publiques comme les dirigeants d’entreprises du secteur ont bouleversé leur quotidien (et celui de leurs agents ou salariés) à cause de cette crise sanitaire. Comment chacun vit cette période ? Eléments de réponse.

Dans un premier temps, tout le monde a dû réagir rapidement. “Une réunion du personnel a eu lieu le lundi 16 au matin avec le Président du Syndicat Intercommunal à Vocation Unique (gestionnaire de la piscine), tout comme une désinfection totale de l’équipement. Le personnel ayant des enfants de moins de 16 ans, présentant un risque médical antérieur ou rémanent (asthme), ou un conjoint dans la santé ou le secours aux victimes, ont été appelés à se confiner d’office. Les responsables de services de la piscine se sont ensuite réunis (soit 6 personnes) pour organiser la surveillance technique et de sécurité de l’établissement, reprenant les recommandations de l’Agence Régionale de Santé (ARS) pour limiter les consommations énergétiques. D’autres continuent leur mission en télétravail et les volontaires disponibles sont appeler à renforcer le dispositif de surveillance de la piscine” explique Stéphane Chatenet, directeur de la piscine de la Conterie à Chartres de Bretagne (35).

Le même processus a été suivi par de nombreuses sociétés, d’une manière très factuelle et sans trop de visibilité, comme l’indique Anselme Hoffmann, directeur d’Emco France : “dans un premier temps, les commerciaux ont été en télétravail, quant à la production et à l’administratif, nous avions mis en place des gestes barrières dans la mesure du possible. Puis, rapidement, nous avons procédé à l’arrêt complet de la société”. Même organisation du côté de Belenos Aqua : “la direction et l’équipe commerciale ont vite été en télétravail en respectant strictement le confinement, avec un chômage partiel pour une partie du personnel suite à la baisse temporaire d’activité. Quant aux ateliers, ils sont, pour le moment, opérationnels dans le respect strict des règles de protection” indique Olivier Cuenin, directeur de Bélénos Aqua.

Et dans ces périodes de crise, le rôle des dirigeants est déterminant : “il a fallu sécuriser, organiser et pallier les conséquences du confinement, ainsi que mobiliser les équipes pour continuer l’activité et les projets en toute sécurité” précise Luc Derreumaux, président de Cifec.

Une réorganisation indispensable…
Après les premiers jours gérés dans la précipitation, une nouvelle organisation s’est naturellement mise en place. “Les agents sont confinés chez eux et ils ne se déplacent pas dans les piscines, mais la collectivité poursuit, malgré tout, ses autres missions. Nous avons donc classé les agents en 3 catégories et nous faisons un suivi journalier des 160 agents de nos 9 piscines pour les protéger : les agents qui sont en arrêt maladie ou en confinement pour suspicion de COVID 19 (mise à jour journalière), ceux devant garder leurs enfants et ceux présentant un risque médical (femmes enceintes, agents dont la conjointe est enceinte, malades chroniques…). Tous les autres agents peuvent être déployés dans des services supports indispensables (service RH, service financier…) en fonction de leurs compétences initiales ou sur des missions supports indispensables dont le territoire a la compétence et qui ne peuvent pas s’arrêter (ramassage des déchets, voirie, éclairage public…). Pour cela, les directeurs des piscines télétravaillent pour organiser les plannings des agents de leur établissement et leur déploiement dans les différents services selon les besoins. Chaque directeur fait remonter toutes les informations dans un tableau de suivi en ligne qui permet d’informer la direction générale des effectifs disponibles Les agents sont tous globalement très attachés au service public et nous avons de nombreux volontaires pour venir aider les services indispensables” décrit Albin Mathias, coordinateur des piscines de Vallée Sud Grand Paris. Le fonctionnement à l’intérieur des piscines a aussi été repensé, comme à Aqua’Rel à Lons Le Saunier (39) : “la température de l’air et de l’eau (20° pour l’eau) a été baissée. Il y a une maintenance et un suivi technique chaque matin 7 jours sur 7, par les agents en charge de cette mission, par roulement” révèle Patrick Roy, directeur du service des sports de l’Espace Communautaire Lons Agglomération.

En outre, en fonction de leur domaine d’activité, les sociétés aussi se sont adaptées, à l’image de Mission H2O : “nous avons des réunions d’équipes deux fois dans la semaine, et nous avons évoqué le risque d’un chômage partiel car nos paiements sont bloqués” précise Stéphane Bardoux, le directeur. D’autres n’ont pas d’autre choix que de décréter le chômage partiel : “au 24 mars, il ne reste que 4 personnes sur 50 salariés, avec une fonction opérationnelle dont 3 en télétravail. Nous sommes un industriel mais lié par nos clients au secteur du bâtiment : ils sont fermés et les chantiers aussi, nous sommes donc en obligation de mettre en place un chômage partiel” ajoute Anselme Hoffmann.

… et des interrogations
La première question concerne l’état d’esprit des salariés, comme le souligne Albin Mathias : “les agents ne vivent pas tous le confinement de la même manière, selon s’ils ont des enfants, s’ils vivent seul ou en couple, en appartement ou en maison avec jardin… Chaque chef de service (directeur, chef de bassin, responsable entretien, responsable service caisse, responsable administratif…) prend donc des nouvelles de chaque membre de son équipe quotidiennement : cela permet de garder un lien social avec les agents, de discuter avec eux quand ils en ont besoin, mais aussi de recenser les agents malades ou susceptibles de l’être et de les placer en quarantaine si besoin”. Et Luc Derreumaux d’ajouter : “une minorité des salariés est stressée mais la quasi-totalité est mobilisée et active”.

Bien évidemment, la seconde interrogation concerne l’aspect économique. Plusieurs sociétés indiquent posséder une trésorerie saine pouvant les aider à tenir plusieurs semaines, mais pas non plus plusieurs mois. “Bien entendu, en tant que dirigeant d’entreprise, nous nous devons d’anticiper et nous sommes donc en contact avec nos partenaires bancaires, notre expert-comptable… Il semble évident que certains achats vont être simplement retardés, mais d’autres pourraient être simplement annulés si la durée de confinement se prolonge encore durant plusieurs semaines. Il ne faut pas oublier non plus que cette crise sanitaire a également repoussé les élections municipales et donc certains investissements avant l’été, comme les structures gonflables qui sont notre domaine d’activité” déclare Jacques Casanova, gérant de l’entreprise CDLD.

Enfin, la dernière interrogation concerne la reprise d’activité. “Notre ligne est claire : la sécurité sanitaire de nos salariés avant tout. Pas de reprise sans des instructions claires du corps médical. C’est l’évolution sanitaire qui nous guidera. Nous imaginons différents scénarios en espérant pouvoir mettre en place celui qui sera le moins douloureux. J’ose espérer une certaine solidarité fournisseurs/clients/donneurs d’ordre dans un cadre vertueux, à savoir que nous ne sommes qu’un maillon de la chaîne. Il faudra respecter les engagements mutuels pour amortir la casse au maximum’ prévient Anselme Hoffmann.

Une période plus calme propice à la réflexion
Après une période que chacun a davantage subi, cette période de confinement est aussi l’occasion pour avancer certains projets. “Nous allons en profiter pour rédiger et éditer nos deux nouveaux catalogues 2020 ainsi que rénover notre site internet » énonce Olivier Cuenin. C’est également le cas pour les gestionnaires de piscine, avec notamment la préparation estivale, la mise à jour de règlements…. “Il reste aussi des paramètres inconnus, comme par exemple est-ce que nous vidangerons les piscines avant l’ouverture ? Car certaines devaient être vidangées fin juin et il est possible que nous les fassions juste avant de rouvrir pour ne pas refermer les piscines fin juin” ajoute Albin Mathias.

Après plusieurs semaines de fermeture, un grand nettoyage sera également nécessaire. Mais cette opération ne sera qu’un détail, vécu comme un soulagement, tant ce moment est attendu par tout le monde, agents de collectivités comme salariés et dirigeants d’entreprise.

Coronavirus : se protéger, se réorganiser et se redéployer !

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