Quelques mois après la publication des ordonnances modifiant le code des marchés publics, notamment avec l’évolution des marchés globaux, les premières tendances se dégagent concernant les observations et les conséquences qu’implique cette nouveauté.

Pour Mikäel Barabé, les liens entre les différentes phases de réalisation du projet vont simplifier le traitement des informations complexes et apporter du sens à l’organisation des centres aquatiques.

Les premiers marchés globaux commencent à s’exécuter et bouleversent l’ordre établi à l’issue de la loi de maîtrise d’ouvrage publique de 1985. Pour Mikaël Barabé, directeur du développement de A26 Architectures, les marchés globaux apportent un véritable changement. “Longtemps le modèle unique de la réalisation des centres aquatiques était de séparer une à une les phases de réalisation (programmation, puis conception, puis construction…) on recherchait la performance du modèle dans un trajet analytique, celui de dissoudre le tout en parties. Ce mode de réalisation nécessite une adaptation pour suivre la procédure avec un comité de pilotage expérimenté car il ne peut faire apparaître le cout global du projet qui ne se dévoile qu’en bout de procédure. En marché global, le simple fait de regrouper et d’assembler ces phases (conception, construction, maintenance et financement…) donne au projet du lien et par conséquent une plus grande capacité d’intelligence du projet. Ces liens entre les phases de réalisation du projet vont simplifier le traitement des informations complexes et apporter du sens à l’organisation du centre aquatique”.

En tant qu’assistant à maîtrise d’ouvrage, Stéphane Bardoux, responsable de Mission H2O, insiste également sur les changements des rapports entre les différents protagonistes avec cette nouvelle forme contractuelle : “les marchés globaux sont intéressants pour les collectivités car il existe un vrai dialogue compétitif incluant des négociations : une fois les offres envoyées, l’assistant à maîtrise d’ouvrage les analyse avec les responsables du projet, les candidats retenus sont reçus pour dialoguer et peuvent apporter des modifications à leur offre de départ en cas de besoin”. Et Mikaël Barabé d’ajouter : “le modèle unique de la Maîtrise d’Ouvrage Publique (MOP) était entendu avec une domination du document-programme, une vision verticale où le programme s’applique à tous les acteurs du projet en attente d’efficacité et sans dialogue. Ce sont bien ces interactions que le modèle de la loi MOP n’a pas simplement négligées mais bien niées avec le résultat malgré tout que l’on sait d’avance : le portage du cout économique d’un centre aquatique par la collectivité. C’est donc un tout autre rapport à la maîtrise d’ouvrage qui s’établit aujourd’hui sur ces marchés globaux avec une possibilité que le trajet de la réalisation du projet soit sous le sceau du partage (du risque notamment), du partenariat entre les acteurs et la formalisation d’un pacte avec au bout de celui-ci une performance. Bien plus qu’une recherche de la performance énergétique à l’origine des CREM, c’est une nouvelle écologie du management de projet qui nous est proposé”.

Des engagements chiffrés qui satisfont les collectivités

Autre avantage des marchés globaux, et pas des moindres, le maître d’ouvrage possède une meilleure visibilité financière : “Cette vision d’ensemble comprend la maintenance réalisée et le coût qu’elle engendre sur la durée du contrat, puisque le groupement doit respecter des engagements, notamment en termes de consommations et d’économies d’énergie, sur une durée comprise généralement entre 5 et 20 ans. Ces obligations les responsabilisent donc au niveau des choix des matériaux lors de la construction” explique Stéphane Bardoux. Des objectifs d’ordre énergétique mais pas seulement : différents critères peuvent apparaître dans le contrat, comme la satisfaction de l’utilisateur par exemple. Ce type de contrat accompagne le projet de façon la plus globale possible.

Le directeur du développement de A26 Architectures décrit le fonctionnement du côté du groupement d’entreprises : “les équipes projet vont générer une proposition commune à partir d’hypothèses s’adaptant au problème rencontré et à une pertinence de la solution recherchée. Dans un tel mode de réalisation global, chacun est concepteur, il nous faut cogiter, remuer, mettre en rapport les éléments du centre aquatique et agir en conséquence pour porter aux nues une économie globale. Cette mise en mouvement va permettre à la maîtrise d’ouvrage de poser des objectifs économiques inespérés jusque-là. C’est un bouleversement des modèles économiques pour un centre aquatique qui va pouvoir s’opérer.

Les difficultés à prendre en compte
L’un des principaux avantages des marchés globaux vient du fait que le maître d’ouvrage possède une meilleure visibilité financière sur l’ensemble de la durée du contrat.

Malgré tout, ce type de contrat comporte quelques inconvénients, comme le précise le dirigeant de Mission H2O : “Tout d’abord, alors que dans un marche MOP classique, la collectivité reçoit une quarantaine de réponses d’architectes pour son projet, le chiffre descend à 5 ou 6 pour un marché global car l’organisation est beaucoup plus contraignante. La concurrence est donc moins élevée. De plus, le coût est environ 15 à 20 % plus cher car il faut prendre en compte le coût des assurances mais également les risques portés par le groupement d’entreprises et autres coûts induits (coûts généraux, préparation de dossier…). Ensuite, et cela fait partie de notre rôle d’assistant à maîtrise d’ouvrage, il est important de bien mettre en garde la collectivité qu’avec un marché global, il est indispensable qu’elle suive précisément la gestion du centre aquatique tout au long du contrat. En effet, il faut vérifier l’ensemble des engagements du groupement, notamment concernant l’entretien et les performances énergétiques, avec des réunions mensuelles ou trimestrielles car, en cas de manque, des pénalités sont inclues dans le contrat. Il est donc nécessaire que le maître d’ouvrage soit bien structuré. Dans certains cas, ce dernier nous demande de réaliser ce suivi. Par exemple, nous accompagnons la Ville de Paris durant les cinq premières années d’exploitation”.

Premier bilan

De manière générale, les collectivités ne doivent donc pas simplement suivre la tendance et partir systématiquement sur un marché global, mais bien réfléchir en amont pour voir si ce type de contrat est bien adapté à leur besoin et à leur configuration. La question de l’ambition du projet doit être au cœur des besoins définis par la maîtrise d’ouvrage. Le projet politique, la cohérence du territoire sont nécessaires aux concepteurs pour bâtir une réponse technique. “Un peu de temps sera nécessaire pour former des équipes performantes permettant la mise en valeur de l’ensemble des composantes du projet. L’harmonie des équipes projet se fera aussi avec les leviers d’un collectif pour permettre d’atteindre cette performance, car il ne s’agit plus d’avoir un écosystème de partenaires, encore faut-il qu’ils soient les meilleurs. De nouvelles techniques de conception de projet font jour avec ces nouvelles interactions, c’est tout un champ qu’il convient d’explorer, mesurant la profondeur de ces changements opérés. Il est donc temps d’observer le potentiel d’intelligence du modèle” conclut Mikäel Barabé.

Un véritable bilan devra être réalisé d’ici deux ou trois ans, avec un peu plus de recul, pour savoir si ce développement des marchés globaux a été bénéfique pour les centres aquatiques.

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Les marchés globaux, une réponse adéquate aux enjeux d’un centre aquatique ?

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